Votre machine bafouille quand vous l’emballez à vide, alors vous serrez un peu pour que le son soit net. Mauvaise idée. Sur les réglages des vis H et L d’une tronçonneuse, ce bafouillement n’est pas une panne, c’est précisément le repère à conserver.
Un deux temps correctement réglé doit ratatouiller gâchette à fond hors du bois, puis se nettoyer dans la coupe. Voici le réglage de base pour repartir de zéro, la méthode vis par vis, et les régimes de référence à ne pas dépasser.
Le réglage de base, pour repartir de zéro
Quand une machine a été triturée dans tous les sens, inutile de chercher à rattraper à l’aveugle. On remet les deux vis à leur position d’usine et on repart proprement de là. L’opération prend trente secondes.
Vissez doucement L et H jusqu’à la butée, sans forcer, ces vis ont une pointe conique fragile. Puis dévissez chacune de un tour à un tour et demi, la valeur de référence donnée par la plupart des constructeurs. La machine doit démarrer et tourner dans cet état.
Notez ce point de départ sur un bout de scotch collé sur le carter. Vous saurez toujours où revenir, et vous mesurerez vos corrections en fractions de tour au lieu de tourner au jugé.

Le sens de rotation et l’effet réel de chaque vis
La convention est universelle et vaut sur toutes les marques. Visser dans le sens horaire ferme le gicleur et appauvrit le mélange. Dévisser l’ouvre et l’enrichit. Retenez cette phrase, elle évite déjà la moitié des accidents de réglage.
Les deux vis ne se recouvrent presque pas. La vis L pilote le circuit de ralenti et de transition, donc tout ce qui se passe entre l’arrêt et le milieu de la course de gâchette. La vis H prend le relais uniquement en pleine ouverture.
| Geste | Vis L | Vis H | Symptôme si excessif |
|---|---|---|---|
| Visser, sens horaire | Appauvrit le bas régime | Appauvrit la pleine charge | Trou à la reprise, puis serrage moteur |
| Dévisser, sens antihoraire | Enrichit le bas régime | Enrichit la pleine charge | Fumée noire, bougie encrassée, perte de régime |
| Réglage de base | Un tour à un tour et demi | Un tour à un tour et demi | Point de départ, jamais un réglage final |
| Ordre d’intervention | En premier | En dernier, en coupe | Régler H avant L fausse tout le reste |
Une remarque qui a son importance, ces vis ont une pointe conique qui vient s’asseoir sur un siège. Serrer en force marque le siège de façon définitive, et le carburateur devient alors impossible à régler finement. Allez toujours en butée en douceur.
Régler la vis L, à la reprise et à l’oreille
Moteur chaud après trois à quatre minutes, machine posée à plat, le guide dégagé et la chaîne à l’arrêt. La vis L se règle sans jamais toucher au bois, uniquement sur la qualité de la reprise quand vous ouvrez la gâchette d’un coup sec.
- Depuis le réglage de base, vissez la vis L très lentement, par huitièmes de tour
- Écoutez le ralenti monter, puis s’installer sur son point le plus haut
- Repérez ce point, puis dévissez d’un huitième à un quart de tour
- Ouvrez la gâchette d’un coup, la reprise doit être franche et immédiate
- En cas de trou ou de calage, dévissez encore un huitième et refaites le test
Le repère fiable est ce trou à l’accélération. Une vis L trop pauvre donne une machine qui hésite une demi-seconde avant de monter en régime, et qui cale quand vous la posez au sol. Trop riche, elle crachote et fume au démarrage.

Régler la vis H, en charge et jamais à vide
Voilà l’étape qui casse les moteurs. Un deux temps emballé à vide, sans rien à couper, monte en surrégime sans aucune charge pour le freiner. Chercher le régime maximum dans ces conditions revient à le détruire pendant l’opération.
Le réglage de H se fait donc dans le bois, sur une bûche franche, guide engagé et gâchette à fond. Vous corrigez par huitièmes de tour entre deux passes, et vous écoutez le comportement du moteur pendant qu’il travaille réellement.
Le bon réglage donne un moteur qui tient son régime dans la coupe, sans faiblir ni hurler. Si vous disposez d’un compte-tours, calez-vous sur la valeur du constructeur, généralement entre 12 500 et 14 000 tours selon les modèles. Sans appareil, on règle à l’oreille.
Le quatre temps, ce bafouillement qu’il faut garder
Gâchette à fond hors du bois, un moteur bien réglé ne monte pas dans les aigus. Il ratatouille, il bafouille, il donne l’impression de rater un allumage sur deux. Les mécaniciens appellent ça le quatre temps, et c’est un signe de santé.
Ce comportement vient d’un mélange volontairement un peu riche. Le moteur n’arrive pas à tout brûler à chaque cycle sans charge, donc il saute des explosions. Dès que le guide entre dans le bois, la charge apparaît et le son se nettoie instantanément.
C’est exactement l’inverse de l’intuition. Le son parfaitement pur et hurlant à vide, celui qui semble être le signe d’une belle machine, trahit un mélange trop pauvre. Il annonce un piston qui chauffe et un serrage à la première coupe soutenue.
La marche à suivre est donc simple. Vous appauvrissez H jusqu’à ce que le bafouillement disparaisse presque à vide, puis vous revenez en arrière d’un huitième de tour pour le faire réapparaître légèrement. Ce petit surplus est votre marge de sécurité.

Les erreurs classiques et les régimes de référence
La plupart des réglages ratés viennent d’un ordre inversé ou d’une vis tournée trop vite. Un huitième de tour change réellement le comportement, un demi-tour fait passer d’un extrême à l’autre.
- Régler H à vide en cherchant le régime le plus élevé possible
- Serrer les vis en butée en forçant, ce qui marque le siège conique
- Intervenir sur un filtre à air encrassé, donc sur un mélange déjà faussé
- Corriger un défaut de reprise avec la vis H au lieu de la vis L
- Régler moteur froid, puis découvrir un ralenti qui s’emballe à chaud
- Tourner d’un demi-tour d’un coup au lieu de progresser par huitièmes
| Repère | Valeur courante | Comment le vérifier |
|---|---|---|
| Ralenti stable | Environ 2 800 à 3 200 tours | Chaîne strictement immobile |
| Régime maximal en charge | Environ 12 500 à 14 000 tours | Compte-tours, ou son plein sans hurlement |
| Réglage de base des vis | Un tour à un tour et demi ouvert | Depuis la butée douce, sans forcer |
| Pas de correction | Un huitième de tour | Un essai en coupe entre chaque cran |
Ces réglages supposent une machine saine. Les préalables et le rôle de la troisième vis sont détaillés dans le guide sur le réglage d’un carburateur, et le cas particulier du ralenti se traite à part.
Réglage des vis H et L, vos questions
Quel est le réglage de base des vis H et L ?
Vissez chaque vis en butée douce, puis dévissez d’un tour à un tour et demi. C’est la position de référence de la plupart des constructeurs, à partir de laquelle vous affinez ensuite par huitièmes de tour.
Dans quel sens tourner pour enrichir le mélange ?
Dans le sens antihoraire, en dévissant. Visser dans le sens horaire ferme le gicleur et appauvrit. Cette convention est la même sur toutes les marques et pour les deux vis de dosage.
Ma tronçonneuse bafouille à plein régime, est-ce normal ?
Oui si cela se produit hors du bois et que le son se nettoie dès l’entrée en coupe. Ce quatre temps signale un mélange légèrement riche, donc une marge de sécurité pour le piston. Il ne faut surtout pas le supprimer.
Peut-on régler la vis H sans compte-tours ?
Oui, à l’oreille et en coupe réelle. Appauvrissez jusqu’à faire disparaître le bafouillement à vide, puis revenez d’un huitième de tour pour le faire réapparaître légèrement. Le compte-tours ne fait que confirmer ce réglage.
Pourquoi ne pas régler la vis H à vide ?
Parce qu’un moteur deux temps emballé sans charge monte en surrégime et chauffe très vite. Chercher le régime maximal dans ces conditions abîme le piston pendant l’opération elle-même. Le réglage se fait toujours dans le bois.
Ma machine cale quand je lâche la gâchette, quelle vis ?
La vis L en premier, car un mélange trop pauvre en bas régime provoque exactement ce symptôme. Si la reprise redevient franche et que le calage persiste, la vis de ralenti est alors réglée trop bas.
DamienÉlagueur-grimpeur, fondateur
En hauteur comme au sol, une tronçonneuse mal choisie se paie cher en sécurité comme en temps de coupe. J’élague, j’abats et je débite depuis des années ; ici je compare tronçonneuses thermiques, électriques et à batterie pour les gros travaux, celles que je manœuvre sur chantier comme celles que je décortique fiche en main, avis d’utilisateurs et essais indépendants à l’appui.
Mon réflexe de pro : ne jamais juger une machine à sa seule cylindrée. C’est le rapport poids-puissance et la vitesse de chaîne qui font une tronçonneuse endurante sur une longue journée d’abattage.